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Géopolitique fiction

Israël, 2023. L’heure des hommes en noir

13 December 2017 - 2023: Israel

 

 

1

 

Shmuel Rosen presse le pas, impatient de voir sa femme Yehudit et ses six enfants qui l’attendent dans leur appartement exigu du quartier religieux de Geula. Le geste vif, il survole les rues Strauss et Yehezkel le haut du corps légèrement incliné en raison du vent frais qui souffle sur Jérusalem. A cette heure, les rues sont bondées d’hommes qui rentrent comme lui de la yeshiva[1], ou plus rarement du travail, et de femmes qui charrient poussettes et enfants. Marionnettes noires et ternes sorties de la fabrique de la foi, tous se hâtent, se croisent sans se voir et s’évitent s’ils ne sont pas du même sexe dans une chorégraphie qui semble avoir été inlassablement répétée. Arrivé à deux pâtés de maison de chez lui, là où sont placardées les annonces communautaires[2], anachronisme qui résiste aux vagues incessantes de la technologie, un attroupement inhabituel s’est formé. Intrigué, il se fraye un passage dans un ensemble de murmures et d’incantations pour apercevoir un ancien arracher une affiche aux tons criards collée à la va-vite. Il a juste le temps d’en lire le titre provocateur : « 1% à la création de l’Etat d’Israël, 15% aujourd’hui, 30% dans trente ans. Stop à la contamination haredi. » Scandalisé par cette incursion malfaisante sur leur territoire, il tourne les talons, grommelle, peste, jurerait si cela ne lui était pas interdit, contre ces imbéciles et leur pseudo démocratie. Shmuel a 32 ans, une physionomie gracieuse mais la barbe tombante, le teint blême et les joues creusées des pieux qui étudient les textes sacrés du matin au soir. Shmuel Rosen fait partie de l’armée des haredim dont l’importance et la virulence n’ont cessé de croître au fil des ans jusqu’à remettre en question l’existence même d’Israël alors que la signature du traité de paix amenant à la création de deux Etats basés sur le plan de partage de 1947 semblait avoir satisfait toutes les parties. Portés par une démographie galopante et le contrôle de secteurs clés de la société, les « Craignant-Dieu » ont décidé de libérer, quel qu’en soit le prix, le peuple juif des chaînes du sionisme. Ils savent leur victoire inévitable, seul la date à laquelle la pureté des textes l’emportera leur échappe encore. Un an, dix ans, un siècle ? Dieu seul le sait mais Shmuel contribuera activement à l’établissement de cette ère de sainteté, de prospérité et de paix.

 

2

 

Une ombre parmi les ombres. Shmuel et plus d’un demi-million de haredim sont réunis dans la capitale de l’Etat hébreu mercredi 22 mars[3] pour que le gouvernement ne mette pas ses menaces à exécution et légifère sur la fermeture des commerces, parkings et entreprises le jour du shabbat. Cela fait trop longtemps que la sainteté du shabbat est souillée par les laïcs en dépit de l’appel fraternel des rabbanim[4] et des religieux. Acquis à leur cause, la mairie et le conseil municipal déposent depuis plusieurs mois des lois en ce sens qui sont systématiquement bloquées par l’Etat central. Les pourparlers et les compromis ne sont plus d’actualité, les harcèlements s’intensifient, les coups pleuvent, les arrestations se multiplient. Jérusalem la dévote contre Jérusalem l’institutionnelle. Israël contre ses enfants. Shmuel a bien évidemment résisté pied à pied aux persécutions des autorités, au premier titre la conscription qu’il a refusée. Des nuits entières il a tremblé à l’idée d’être enrôlé dans l’armée de ce pays dans lequel il ne se reconnait pas, de cet Etat qu’il ne reconnaît pas. Le voilà aujourd’hui entouré de ses frères de religion, respectant la demande de son rabbin de faire l’impasse sur une journée d’étude pour rappeler les lois éternelles du seigneur. Pendant qu’il défile dans cette éclipse de couleur et de joie, son épaule droite, stigmate de l’échauffourée du shabbat dernier, le relance. « Rien de bien grave » en a conclu le docteur malgré les picotements sporadiques et la difficulté qu’il éprouve à porter Uri et Tzipora, âgés d’un et deux ans. Son nom et celui de quatre hommes avaient été désignés pour tenir l’une des « barricades de la foi », barrières de fortune installées du vendredi soir au samedi soir pour empêcher toute violation de ce jour chômé. Au début cantonnées aux rues estampillées « 100% kasher », les barricades se sont étendues progressivement aux artères périphériques où les haredim sont minoritaires mais suffisamment structurés pour faire face aux attaques du camp adverse. Pour cela, chaque semaine draine son lot de mésententes, de frictions, de rixes et parfois même de drames comme lorsqu’un chauffeur de taxi, excédé, a foncé sur les trois garçons qui barraient une rue. Mort sur le coup, Meir Lipman, étudiant appliqué de 18 ans, s’est mué en symbole de la cause des ultras. Tous les courants haredim ont décrété sept jours de deuil pour honorer la mémoire du jeune « martyr », terminologie autrefois réservée à la cause palestinienne. Maillots, casquettes, affiches ou bougies à l’effigie de Meir ont éclos dans les commerces gérés par les orthodoxes, signe s’il en fallait que le marché peut tout récupérer, tout absorber, y compris ses plus acharnés contempteurs. Pour ce qui concerne Shmuel, celui-ci a été contraint d’aller au-devant d’un individu à moto qui ne savait pas que la rue était bloquée depuis trois semaines et qui, surtout, ne comprenait pas pourquoi elle l’était. Le ton est monté, les deux hommes en sont venus aux mains pour terminer au sol, agrippés l’un à l’autre, s’injuriant comme des enfants dans une cour d’école. Ce jour-là, il a pour la première fois été marqué dans sa chair par ce combat des juifs contre les modernes, de la Torah contre Babylone. Ne voulant rien laisser paraître, il serre les dents et s’oublie dans ce rassemblement qui est peut-être l’un des plus impressionnants auquel il a participé. En effet, depuis peu, les rabbanim ont invité les femmes à se greffer aux contestataires, en queue de cortège il s’entend, pour donner encore plus de poids à leurs revendications. Ce sont par conséquent des manifestations monstres au nombre de participants jamais atteint qui enrayent la mécanique de la ville trois fois sainte, empêchent les salariés de se rendre sur leur lieu de travail, les commerçants d’ouvrir leur boutique, les pèlerins de se recueillir et les touristes de se promener. Sentiment de toute-puissance que de se sentir à l’intérieur de ce torrent de ferveur composé de millions de jambes, de poumons et de bras, au milieu de tous ces individus aux sensibilités, origines et langues différentes qui rugissent une seule et même colère. A ses côtés, deux amis de la yeshiva qui sont en outre ses voisins. L’un, roux avec des papillotes particulièrement ondulées et des lunettes à double foyer, porte une pancarte destinée à la diaspora sur laquelle est inscrit : « Zionism hates jews ». Son autre camarade, aux yeux clairs et à la barbe clairsemée, est habillé de dévotion, ses mains anguleuses agrippant son livre de prières comme s’il s’agissait d’une bouée qui lui permettait de rester à flots. Entre deux slogans, ils évoquent les derniers bruits qui circulent : tel grand rabbin serait sur le point de s’installer dans une implantation avec ses fidèles, telle communauté aurait décidé de patrouiller en armes, telle fondation étasunienne était prête à verser une somme astronomique pour la construction d’un hôpital religieux etc. Plus que les vestiges d’un monde dans lequel ils sont désormais les seuls à évoluer, la rumeur et les chuchotements représentent avec les lettres les seuls canaux de communication qui échappent au contrôle du Shabak, les services secrets intérieurs. Une fois propagées, ces informations circulent à une vitesse surprenante. Le rassemblement touche à sa fin, le dispositif de sécurité mis en place par les forces de l’ordre se tend. Sur une estrade imposante où trônent des dizaines de rabbanim, l’un d’entre eux prononce le discours final qu’ils attendent tous. Dans un état second, les yeux clos, se balançant d’avant en arrière il menace l’Etat sioniste, ses alliés et ses obligés : « qui ne peuvent plus mentir, qui ne peuvent plus se cacher derrière l’argument de la défense du territoire pour justifier leurs exactions ». Il marque une courte pause pour boire un verre d’eau et laisser la foule tonner son approbation. Le sol vibre, les rugissements doivent résonner jusqu’à Tel Aviv où se terrent les fantoches, songe le Rav[5] qui d’un geste de la main obtient le silence. « Les pas du messie nous parviennent plus clairement. L’heure est venue. La vérité va l’emporter sur la dissimulation. La loi d’hachem[6]sur la loi des traîtres ! » Au sein de la meute qui inonde les rues de la capitale, de ces corps qui se heurtent, de ces odeurs de tension et de transpiration, de ces cris et de ces prières, Shmuel Rosen. Simple maillon d’une chaîne qui se veut indestructible, il exulte les poings serrés, les yeux électrifiés. Vidé de tout sentiment de raison ou de miséricorde, il laisse entrer en lui les premières notes d’une mélodie qui lui était inconnue mais qui très vite le réchauffe et le renforce.

 

3

 

Lu dans le quotidien Haaretz le 13 avril :

 

Le gouvernement déclare la guerre aux haredim

La proposition de loi dite « patriotique », privant de leurs droits civiques les citoyens qui refusent la conscription, a été adoptée par le comité gouvernemental en première lecture la semaine dernière à la Knesset. Une autre, retirant toute aide publique à ces derniers s’ils refusent de rejoindre la réserve devrait suivre.  

Malgré leur laïcité revendiquée, les pères fondateurs ont toujours veillé à maintenir un lien avec la tradition juive, confiant ainsi à la communauté ultra-orthodoxe alors marginale la charge du droit de la famille ou encore des affaires religieuses. Le ver était dans le fruit. Chaque année plus nombreux et influents, ils cherchent maintenant à régenter tous les aspects de la société : transports, éducation, commerces etc. Focalisé sur la question palestinienne jusqu’au partage il y a deux ans, les autorités…

 

4

 

Dimanche 26 mars. « – Dis papa, pourquoi tu vas dans la rue pour faire la manifestation ? » demande Tehila le minois barbouillé de houmous. Alors qu’Uri et Tzipora sont déjà couchés, le reste de la famille Rosen dîne dans un joyeux tourbillon de couverts, de raclements de chaises sur le sol, de « passe-moi de la pita », de rires et de chamailleries. Parenthèse de gaieté et d’insouciance avant la prière de fin de repas puis celle de fin de journée. La table recouverte d’une nappe blanche élimée est garnie de houmous donc mais aussi de pitot, de salade de crudités, d’aubergines, de yaourt et de jus de grenade. Après une journée de travail comme téléconseillère dans une entreprise d’assurance kasher, Yehudit prend en charge les six enfants et le repas du soir, qui ne peut être que modeste eu égard à leurs moyens limités mais qu’elle veut savoureux, nourrissant et équilibré. « – Mange correctement Tehila. Si je descends dans la rue pour manifester c’est surtout pour toi, pour tous tes frères et sœurs. », répond Shmuel. « – Je comprends pas… » Le père poursuit : « – Notre ville c’est un peu comme notre maison : elle doit rester sacrée. Tu sais bien que si la télévision ou les jeux vidéo rentrent dans la maison, rentrent aussi la violence, le sexe, la drogue, l’alcool, la peur, le doute. En tant que parents, on doit tout faire, si Dieu veut, pour que vous soyez protégés de toutes les intrusions négatives de ce système malade. C’est pareil pour Yerushalayim : il faut en expulser le mal et le mensonge qui ont réussi à rentrer par la faute des laïcs et des lâches. C’est pour vous protéger de toutes ces mauvaises choses qu’on manifeste. Tu comprends ma grande ? » Du haut de ses cinq ans, Tehila en a saisi le principal : le bien c’est eux, la Torah. Le mal : les criminels, les laïcs, l’Autre. Shmuel sait se faire pédagogue comme son père l’a été avec lui pour écarter ses enfants des tentations de la modernité, ces chimères envoyées par les forces obscures pour détourner les juifs du chemin voulu par l’éternel. Et peu importe si ce chemin exclut tout ce qui n’a pas de rapport direct avec leur conception rétrograde et totalitaire de la religion : cinéma, littérature, séries télévisées, promenades, musique et vêtements modernes. C’est ainsi que jamais ses enfants ne se baigneront dans les plages de Tel Aviv ou d’Eilat, ne s’évaderont dans le Néguev, ne se perdront dans le parc des Baha’i de Haïfa et jamais ne découvriront les merveilles du musée d’Israël de Jérusalem. Adolescents ou jeunes adultes, ils ne vivront ni le vertige des premières amours, ni la déchirure d’une rupture et ne sentiront pas plus cette flamme qui vous dévore et qu’on appelle passion, désir ou ardeur mais qu’aucun terme ne saurait résumer. De même, aucun des six enfants de Shmuel et de Yehudit ne saura situer la Russie, le pays de leurs grands-parents et de celui de tant de leurs amis, sur une carte du monde. « Le monde, mais quel monde ? Le nôtre, celui des sages est le seul qui importe. Le reste n’est qu’un mirage, un piège duquel il faut rester éloigné le plus possible. »

 

 

5

 

Yeshiva Moshé Y., Jérusalem le mardi 2 mai. Dans le bureau du rabbin Alter, une vingtaine d’hommes est réunie informellement. Ils représentent chacun une cellule active de leur organisation, ces cellules comptant au moins vingt membres choisis parmi les autres étudiants, les proches, les amis et les voisins. Des hommes sûrs dont on connaît les familles pour éviter toute infiltration policière ou toute dénonciation. Patiemment, ce réseau clandestin s’est développé sans que les services de sécurité, trop occupés à prévenir le terrorisme arabe, n’obtiennent la moindre information à son sujet. Le vieux religieux tape dans ses mains et annonce : « Le conseil a statué. Comme vous le savez, nous vous avons choisis pour diriger vos cellules car vous êtes les étudiants les plus précieux de la yeshiva et nous savons pouvoir compter sur vous. A partir de maintenant, chacun d’entre vous devra mobiliser les frères de sa cellule avec la plus grande précaution dans des endroits où aucun ennemi ne peut vous entendre. En effet, nous allons agir très bientôt et chacun doit se préparer en conséquence. Cela fait des années que vous attendez ce moment et ce n’est plus qu’une affaire de jours ! Soyez prudents et que Dieu vous garde. » Un à un, les haredim, nimbés de la gravité conférée par cette mission, baisent la main du rabbin Alter avant de se dissiper dans les ruelles de la ville. Sans que les autorités n’y aient pris garde, le mal fondamentaliste qu’elle a encouragé puis instrumentalisé à des fins électorales a dévalé comme une coulée de lave des synagogues et des yeshivot, figé ce qui se trouvait sur son passage et repoussé toute idée de progrès et de vivre-ensemble jusqu’à devenir majoritaire dans la capitale de l’État juif. Taliban de la « Terre d’Israël », ces étudiants cloîtrés dans un univers halluciné où le sécularisme est l’ennemi et la femme un objet de tentation, continuellement abreuvés de textes sacrés et de références mystiques ne se contentent plus de refuser la loi des hommes. Ils veulent à présent l’anéantir avec tous ses symboles et tous ses défenseurs pour y substituer la loi divine. Forts d’une armée d’hommes conditionnés depuis leur enfance par les discours incendiaires de leurs rabbanim, les haredim n’attendaient plus que le signal pour reconquérir Jérusalem. Il a été donné.

 

6

 

La famille Rosen migre au grand complet pour passer shabbat chez la sœur de Yehudit à quelques rues de chez eux. Les adultes derrière une poussette sont suivis par les quatre plus grands, vêtus de leurs uniformes noirs d’ennui et de piété qu’on ne voit plus au XXI° siècle que sur les enfants de ces ghettos volontaires, triste réminiscence de ceux d’Europe centrale et orientale où les juifs étaient parqués jusqu’à la seconde guerre mondiale. Villageois à l’intérieur de la capitale de l’État hébreu, les Rosen saluent régulièrement un voisin, un proche, un ami ou un camarade avec la joie intrinsèque au vendredi après-midi. Le défilé des mines réjouies et des habits sombres est rompu par l’irruption volcanique de Chalom Blumenthal, un cousin éloigné de Yehudit, au coin d’une rue. La tête basse et les yeux chargés de haine, une partie de son cou, de sa chemise blanche et de son pantalon se trouve polluée par cette peinture rose qui excède autant qu’elle terrifie les haredim. Depuis peu, un collectif d’artistes masqués se présentant comme les soldats de la « Pink Army », imité par de nombreux jeunes laïcs de Jérusalem, répond aux pressions des religieux par des bombes de peinture rose catapultées depuis des motos, des voitures voire des drones. Ces agressions picturales explosent aussi sur les trottoirs, les murs, les annonces communautaires et les commerces des quartiers de Mea Shearim, Beit Yisrael, Ramat Shlomo ou de Ramot, fières, insolentes, marquant les rues et les esprits. Dès que possible, parents et enfants descendent avec un sceau de peinture noire ou grise pour recouvrir cet affront à la pudeur, pansements vains sur l’indécence car apparaîtront le lendemain ou le surlendemain d’autres souvenirs de cette chasse à l’homme en noir. Leur colère sourde est amplifiée par la popularité des vidéos de leurs humiliations qui circulent de façon virale sur les réseaux sociaux avec le hashtag #pinkyourharedi. Compte tenu de la ténacité de cette peinture, élaborée murmure-t-on par des scientifiques, et des maigres ressources des haredim, les victimes sont souvent contraintes de déambuler avec leurs habits profanés, ressassant dans leurs longues barbes insultes et appels à l’autodéfense. « Le pauvre Chalom. Lui faire ça avant shabbat… quelle bande de porcs ! », siffle le père de famille qui ira proposer à leur cousin de rejoindre sa cellule quand la tension sera retombée.

 

7

 

Shmuel, accompagné de son fils aîné Menachem, presse le pas dans le souk arabe qui le relie au kotel, le mur des lamentations. Soucieux, il se remémore les mots du rabbin qui l’a convoqué cette après-midi, son air sentencieux et la longue accolade sur laquelle ils se sont quittés. « – Papa, quelque chose ne va pas ? » « – Non, mon fils… A part devoir traverser ce genre d’endroit où seul compte l’argent et le marchandage. » Menachem, guère convaincu par cette explication fumeuse, compte tenu de la fréquence à laquelle ils parcourent le vieux souk, ne fait pourtant pas la moindre réflexion. Shmuel, lui, reste concentré. Ne rien noter, tout retenir : « Dimanche 7 mai, 8h… Présents : Ytsak et Shlomo… En face du poste de police de la rue de Jaffa. Attendre une voiture Nissan… De type van… Couleur bleue… Plaque d’immatriculation : 12-345-902… Chauffeur nous emmène en direction d’Esh Kodesh… » Il espère être à la hauteur. Non, il sait qu’il sera à la hauteur de cette mission « de la plus haute importance » qui lui a été confiée par le Rav Alter ! Comment ne pas l’être alors que ce dernier lui a avoué que sa rigueur et son sens de l’organisation permettront de réaliser de grandes choses ? Quinze minutes plus tard, ils passent les portiques de sécurité mais au lieu de se ruer vers le mur, Shmuel fait signe à son fils de s’arrêter. Il l’enlace d’une tendresse maladroite et boit l’air chaud qu’a respiré Abraham il y a des milliers d’années quand l’éternel lui a demandé de sacrifier Isaac à cet endroit même. Quelques secondes de recueillement et ils plongent parmi le chassé-croisé des haredim, des fidèles et des curieux qui glissent sur le poids de l’Histoire, des guerres passées et de celle à venir. Dans ses prières, incarnées comme jamais, Shmuel a imploré le seigneur de lui donner l’énergie nécessaire pour accomplir cette opération. En quittant ce lieu symbole, il se rappelle que son action contribuera à hâter la venue du messie et à édifier le troisième Temple juste là. Geula, quelques heures plus tard. Dans la chambre à coucher des parents, règne l’obscurité la plus totale, à peine troublée par le ronronnement du ventilateur. Depuis son lit, séparé de quelques mètres de celui de son épouse, Shmuel se tourne et se retourne, cogite, revient en arrière, se demande s’il aura les épaules. « – Yehudit… Tu dors ? » Un très léger murmure lui parvient alors il chuchote un peu plus haut : « – Yehudit ? » « – Oui ! » « –Tu trouves que j’ai un bon sens de l’organisation ? » « – Quoi, un bon sens de l’organisation ? Je sais pas mais laisse-moi dormir ! » Rejetant le plus loin possible les doutes, il prie pour se rassurer et s’endort en se rappelant les consignes : « demain à 8h, rue de Jaffa… ».

 

8

 

C’est la première fois de sa vie que Shmuel Rosen se rend côté palestinien. Il n’y a jamais mis les pieds, même quand cette région s’appelait Cisjordanie et que Tsahal en contrôlait une grande partie. Il est bien allé à Bnei Brak près de Tel Aviv, à Ashdod et à Massada mais il ne s’est jamais engagé plus à l’Est de Jérusalem. Après une heure d’attente au poste de douane, Ygal le chauffeur coupe le contact, descend la vitre et présente les documents du véhicule à l’agent palestinien. A la question des motifs de leur séjour en Palestine, Ygal garde le silence et se contente de montrer le laissez-passer obtenu par leur rabbin qui stipule qu’ils vont voir des proches à Esh Kodesh. Angoissé, espérant qu’il ne soit pas interrogé sur l’identité de leurs hôtes supposés ou sur leur lien de parenté, Shmuel se réfugie dans son petit livre de prières en cuir noir que son père lui a offert pour sa bar-mitsvah. « Rien à déclarer ? », demande l’agent au conducteur. La trogne carrée, bronzée et rayée par un monosourcil du juif orthodoxe derrière le volant de la Nissan répond par la négative. La barrière se lève, le van suit le flot de véhicules qui prennent la direction de Naplouse. Les passagers, les mains moites et les jambes flageolantes peuvent souffler un grand coup. Tout au long de la route qui les mène à Esh Kodesh, Shmuel lorgne furtivement les troupes des Nations Unies et de l’OTAN stationnées ici et là pour servir de tampon entre les 300.000 juifs qui sont restés en « Judée Samarie » au prix de sacrifices considérables et les 5 millions d’arabes qui peuvent enfin conjuguer leur État à un autre temps qu’au conditionnel. Habitué aux soldats qui patrouillent de jour comme de nuit dans les ruelles tortueuses de Yerushalayim, il n’avait jamais connu pareil déploiement militaire : soldats au sol, chiens renifleurs, drones, hélicoptères, chars, Hummers, barrages volants… Soulagé après le passage de la frontière, Shmuel est maintenant tétanisé à l’idée de faire le chemin retour avec toutes les marchandises qu’ils auront récupérées. Et s’ils étaient arrêtés ? Et s’il transpirait ou devenait anxieux face aux questions des douaniers ? Quelques kilomètres avant Esh Kodesh, une voiture tout-terrain les escorte comme convenu vers l’implantation dont on commence à apercevoir les serres, les postes de contrôle et quelques habitations. Tous s’arrêtent peu après l’entrée ultra sécurisée du village, dans un parking de cailloux et de mauvaises herbes qui domine la vallée. La portière de la voiture qui les précède s’ouvre et se déplie un homme grand et gros portant des chaussures de sport, un pantacourt, une chemise beige et une kippa tricotée. « Sûrement un Américain » marmonne Shmuel à la vue de ce grand type dégingandé à la barbe blonde et au visage poupin. Intuition confirmée par l’accent de celui qui se fait appeler Aaron et qui leur broie la main chacun à leur tour en répétant le sourire aux lèvres son prénom : « Aawon ». « Venez, c’est presque l’heure de la prière du soir. On fera un tour du village après. » A la suite de l’office qui s’est déroulé dans la synagogue de l’implantation parmi une centaine d’hommes, « Aawon » tient absolument à leur faire la visite de la colonie : les postes de garde, les serres, les vignes, les coopératives, l’école, les nouvelles routes et les projets à venir. Shmuel ne se sent aucune affinité avec ces juifs pour qui l’aventure prime sur la Torah mais écoute par politesse les anecdotes du guide et se plaît même à goûter le raisin blanc de la colonie, il est vrai particulièrement succulent. L’heure tourne, Aaron accélère : « Passons aux choses sérieuses Messieurs », dit-il en s’engouffrant dans une serre abandonnée. Le gaillard décale une dalle en béton, s’agenouille, s’essuie les mains et sort, avec l’aide de deux de ses camarades, cinq gros sacs de sport. Après quelques minutes, la marchandise est soigneusement posée sur des grands draps sales : 120 pistolets Jericho 941 F et les milliers de munitions qui vont avec. Ygal se penche vers les armes et en examine un échantillon, les démonte, les remonte en une vitesse impressionnante et les repose à leur place : « Tout est Ok. Pour le reste on vous fait confiance. » Shmuel et ses deux amis se regardent, interdits. « Le Rav ne vous a pas dit que j’étais officier avant ma rencontre avec le seigneur ? » les interroge Ygal qui semble amusé de leur surprise. Aaron extirpe des boyaux de la serre un autre sac, plus petit celui-là : « C’est de la part de la communauté d’Esh Kodesh. En restant ici on a fait le choix d’être déchus de nos droits civiques comme vous le serez en refusant la conscription. Maintenant qu’ils ont donné la terre des patriarches aux arabes, nous sommes les derniers à nous battre pour le Grand Israël et l’arrivée du messie, alors autant s’entraider, non ? » Retour au van dans la nuit noire, les bras chargés de ces sacs lourds comme le poids de leur faute. Les armes… seul remède grâce auquel les fous d’Allah comme les révolutionnaires, les indépendantistes comme les fascistes peuvent se mesurer à leurs adversaires, forcer leur respect et, si les circonstances sont favorables, renverser les tenants d’un système jugé injuste. Ne manquaient plus que les fondamentalistes juifs pour semer un peu plus le trouble dans l’ordre du monde. Voilà chose faite. Si Shmuel n’était pas uniquement centré sur la Torah et ses commandements, peut-être lèverait-il le menton pour se perdre dans le ciel pur et éclatant de la vallée qui éclaire plus de 5.000 ans d’Histoire, de mythes, de bruits d’épées qui s’entrechoquent et terres reconquises.

 

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La rumeur a couru depuis les yeshivot[1], rebondissant dans les synagogues, sous les caftans, les chapeaux en fourrure, s’échappant dans les marchés et les commerces avant même qu’elle ne soit notifiée sur les téléphones kasher. Mercredi 26 juillet au matin, accusé de terrorisme, le Rav Yonatan Katz a été appréhendé et conduit au quartier général de la police de Jérusalem. Immédiatement après, les plus fidèles du rabbin, témoins directs de l’arrestation, se sont attroupés devant le bâtiment. En quelques minutes, les dizaines se sont fait centaines et les centaines des milliers. « Lituaniens », orientaux, hassidim, loubavitch, tous les courants de l’orthodoxie juive se trouvent réunis pour dénoncer avec rage cette « persécution de trop ». Shmuel, averti de la situation par un membre de sa cellule, a tout laissé tomber pour venir grossir les rangs des manifestants. Ce n’est pas l’étudiant, l’érudit, le père de famille aimant et le mari attentif qui prend place au milieu des sifflets, des crachats et des insultes à l’encontre de l’État sioniste. Ou du moins c’est aussi le militant, le trafiquant d’armes, le soldat fanatisé d’une guerre qui le dépasse. « Comment ce pays peut-il juger un saint homme au même titre que les arabes qui tuaient indistinctement femmes et enfants ? », se demande-t-il faussement. La police n’a pas réussi à disperser les protestataires qui viennent de tout Jérusalem, s’insinuent dans les rues, les souk, prennent les transports en commun qu’ils ne fréquentent pas d’habitude, montent à plus de sept dans des taxis et des voitures particulières pour arriver à leur destination. Les boucliers anti-émeute et les casques sont de sortie pendant que les hélicoptères qui tournent dans le ciel immaculé tels des insectes de métal achèvent de conférer à la scène des allures de film catastrophe. Un homme chauve en kippa rouge et en costume foncé classique sort du commissariat, se hisse sur une chaise et s’empare d’un ampliphone : «  Messieurs, ne rajoutez pas de violence à la violence et rentrez chez vous où vous attendent vos femmes et vos enfants, ne… », une bouteille vide explose sur un bouclier à un mètre de l’orateur et oblige les policiers à réagir. Caché par la multitude d’épaules et de chapeaux, Shmuel qui n’a rien vu de la scène est embarqué dans le reflux, les cris et les insultes. C’est alors que résonne cette musique douce et entraînante qui le fait s’oublier, s’éloigner des siens et de la vie qu’il avait tracée. Tirs de gaz lacrymogènes, coups de matraques, de boucliers, des corps tombent, vacillent, des hurlements répondent au bruit atroce des os qui se brisent et des corps qu’on piétine. Tout va trop vite pour Shmuel, pris dans la nasse, incapable de se dégager et bientôt étranglé par les gaz. Les yeux qui piquent, qui brûlent, la gorge qui se rétrécit, les poumons qui se compriment. De l’air, de l’air… respirer mais impossible… Les cris se rapprochent, ses yeux s’ouvrent de plus en plus difficilement, il tousse, crache puis le vide.

 

10

 

Dans le bureau du Rav Alter deux semaines après la manifestation sont rassemblés les responsables des cellules de la yeshiva, chaque semaine renforcées par l’arrivée d’un haredi molesté par un laïc, scandalisé par l’arrestation d’un saint homme ou apeuré à l’idée de perdre la maigre allocation qui lui permettait de faire manger sa famille. Amaigri, les côtes endolories et le bras en écharpe, Shmuel Rosen est plus résolu que jamais à affronter cette hydre qui persécute la religion de ses ancêtres. Le vieux rabbin, le dos tassé par une vie de lecture biblique et les mains tâchées de maturité s’adresse à ses fidèles : « Mes amis, le conseil a tranché. De nouvelles missions vont vous être affectées. C’est le moment de frapper le sionisme d’un grand coup. Grâce à Dieu nous l’emporteront plus vite que prévu. » Après avoir pris acte des directives qui lui étaient octroyées, Shmuel reprend sa place sur sa chaise attitrée et s’immerge dans le monde intangible de la Torah. Contrairement aux semaines passées et en dépit des brutalités endurées ou de son obligation de contrôle judiciaire, Shmuel n’a plus peur. Cette musique qu’il est le seul à pouvoir entendre, jusqu’alors si discrète, se fait plus distincte. Pressante et oppressante, elle vibre en lui, le prend aux tripes et résonne dans ses tempes. Grâce à elle, il n’aura plus peur.

 

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Depuis septembre, Shmuel est incarcéré dans une prison d’Ashkelon, où sont regroupés les haredim accusés de terrorisme, après avoir été arrêté par les services secrets alors qu’il acheminait des armes à feu cachées dans des cartons de vêtements. « Israël a perdu la tête », enragent les religieux. A la recherche de terroristes pour justifier ses exactions et souder la population autour de lui, le sionisme aurait remplacé les Palestiniens par les haredim. N’ayant pu rendre visite à Shmuel, ses proches n’ont de ses nouvelles qu’à travers ses lettres lues et relues par les autorités de la prison, billets impersonnels qui ne font qu’augmenter le sentiment d’éloignement. Il se porte bien, son procès se tiendra à huit clos dans deux mois, il prie pour eux et les embrasse très fort. Rien de plus que le minimum mais rien de moins qu’une preuve de vie et de résistance. Insignifiant mais tellement précieux. Si personne n’ose se l’avouer, tous savent que sa peine sera exemplaire, laissant à ses enfants des « pourquoi » plein la bouche et fanant les derniers pétales de la jeunesse de Yehudit. Mais le soutien inconditionnel de la communauté haredi envers les familles de « prisonniers religieux » leur a évité de tanguer et de finir noyées comme tant d’autres familles de détenus. Il y a d’abord les aides financières et matérielles venues de fondations étasuniennes qui permettent de ne pas atteindre le seuil de l’indignité, quand on n’inspire plus que la gêne, la commisération et la peur de ne pas en arriver « là ». Mais il y a le reste, tout le reste. Les chuchotements d’admiration sur leur chemin, les regards complices, la générosité des commerçants, les services rendus sans que rien n’ait été demandé, les invitations chaque vendredi soir. Aussi, Menachem, le garçon un peu gauche qui se cachait toujours derrière la silhouette de son père s’est brusquement mué en homme quand celui-ci a été écroué. Le voilà à seulement 14 ans devenu l’homme de la famille tandis que s’envole sans amertume le reste de légèreté qu’il était parvenu à retenir. Il n’est plus ce garçon aux traits empâtés par la puberté, cet anonyme qu’on ne saurait distinguer parmi la forêt des chapeaux noirs, cet invisible au destin déjà écrit. C’est le fils d’un juste, d’un héros qui paye de sa liberté son insurrection pour la sainte Torah. Il est fier de son père, fier à le gueuler, le chanter, le psalmodier dans tout Jérusalem et partout ailleurs s’il le faut. A défaut d’être à la hauteur de ce modèle, il en sera digne. De la sorte, c’est le port altier et la démarche assurée qu’il entre dans le bureau du Rav Alter auprès de qui il avait sollicité une audience ce 1er décembre 2023. Après les salutations et bénédictions de circonstance, le vieil homme lui demande les raisons de sa visite. « Monsieur le Rabbin, j’aimerais me rendre utile pour hachem comme mon père l’a fait. Malgré mon âge, je suis prêt à laver l’honneur des miens et à défendre nos lois sacrées. » Habitué à sonder les hommes, à décrypter leurs désirs véritables, le rabbin lit instantanément chez l’adolescent détermination et courage. Il pose ses lunettes, se lève lentement de son fauteuil, marche vers la fenêtre et contemple le va-et-vient des étudiants, son armée secrète qui toute entière se soulèvera quand il n’y aura plus d’échappatoire. Chacun se tait, se terre dans son silence, silence d’attente pour Menachem, de réflexion pour le rabbin. « Tiens-toi prêt mon garçon. Tu seras appelé quand Dieu l’aura décidé. » Derrière les murs de la yeshiva, la crise empire à Jérusalem, le mécanisme de la détestation et de la violence est enclenché pour de bon, imparable, froid, égoïste. Les arrestations de haredim en plein milieu de la nuit succèdent aux attaques de commissariats, aux échauffourées près des barrages de la foi, aux vindictes et à l’émission de décrets rabbiniques vengeurs. La création de deux États souverains réclamée à cor et à cri par toute la communauté internationale devait entraîner une ère de stabilité et de prospérité. Au lieu de quoi, le PIB du pays a chuté d’une façon vertigineuse, de plus en plus de laïcs refusent la conscription par « mesure d’égalité », le pays se vide d’une partie de sa jeunesse éduquée au profit de l’Europe occidentale, les touristes se raréfient, les manifestations et contre-manifestations sont régulières alors que le mur des lamentations est fréquemment interdit au public. Contrairement à l’affrontement voisin entre Hamas et Fatah, celui entre haredim et sionistes dresse deux visions de la société irréconciliables. L’une devra l’emporter sur l’autre.

Allongé sur le matelas de sa cellule, Shmuel est serein. Sa vie n’a pas tant changé avec son incarcération, l’étude de la Torah continue d’occuper l’essentiel de ses journées. Rien ne lui manque véritablement si ce n’est sa femme, ses six enfants et tous ses proches, eux aussi captifs de la décision à venir du tribunal spécial. Selon les derniers bruits qui ont escaladé les murs d’enceinte de la prison pour couler dans le bâtiment C et grimper jusqu’à la cellule 130, son fils aîné Menachem aurait pris la voie des purs, des pieux, des incorruptibles. Il s’en est réjoui auprès d’Ariel, son codétenu de neuf ans son cadet : « Je savais bien que Menachem répondrait à l’appel du seigneur. » Aveuglé par l’écume de sa passion, Shmuel ne réalise pas qu’il a entraîné Menachem dans son bateau à la dérive et que son fils aîné fracassera sa jeunesse sur les rochers du fanatisme. Il n’entend plus cette musique lointaine et envoûtante depuis qu’elle fait partie de lui, qu’elle règne sur son être et sur ses prières. Le voilà prisonnier de ce chant des sirènes et tout retour en arrière lui est dorénavant impossible. Comme tout rebelle converti en combattant et fait prisonnier par le pouvoir, qu’aurait-il à gagner s’il réalisait la vacuité de son engagement ? Il apparaîtrait pour ce qu’il est : un dément qui invoque dieu à chaque phrase et qui passera les quinze prochaines années de sa vie en détention pour avoir été trop crédule. Un forcené qui, sans le moindre regret, condamne son épouse et leurs nombreux enfants à un deuil impossible. Il en viendrait à tourner le dos à sa famille et à sa communauté, les seuls à pouvoir l’aimer et le comprendre. Chez les laïcs, il ne serait jamais que ce repenti venu des ténèbres, un homme seul chassé par les siens, au mieux un intrus au pire un phénomène de foire. Alors à quoi bon ? Non, il ne regardera pas en arrière et conservera ce masque de résistant de la Torah, de juste emprisonné par l’arbitraire. Chaque soir, il ricanera à l’idée de savoir que le sionisme, cet ennemi fantasmatique dont il sait si peu de choses, sera prochainement frappé d’un châtiment plus cruel encore que les dix plaies d’Egypte. L’heure de la victoire finale approche, il espère être encore en vie pour voir les fausses divinités évincées du royaume d’Israël. A l’heure qu’il est, c’est tout ce qui compte.

 

Récit imaginé par Jérémie Jonas

 

 

 

[1] Établissement d’enseignement supérieur hébraïque où l’étude du Talmud est intensive et continuelle. Une yeshiva, des yeshivot

[2] Appelées pashkevillim

[3] Pour plus de facilité, les dates seront celles du calendrier grégorien

[4] Un rabbin, des rabbanim

[5] Rabbin en hébreu

[6] Le nom divin utilisé lors des conversations

 

 

 

Pour aller plus loin:


 

 


 

http://www.jpost.com/Israel-News/Report-Israels-population-to-reach-20-million-by-2065-492429

 


https://www.timesofisrael.com/as-ultra-orthodox-women-bring-home-the-bacon-dont-say-the-f-word/

 


https://www.franceculture.fr/emissions/le-magazine-de-la-redaction/israelien-ultra-orthodoxe-et-moderne

 

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