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Géopolitique fiction

Et la terre trembla – Russie

20 February 2018 - 2025 : Russie

 

 

1

 

Il est onze heures du matin ce samedi 5 décembre 2020 quand la sirène embrase la nuit polaire de Mourmansk, à l’extrême Nord-Ouest de la Fédération de Russie. Comme il était écrit, le sol tremble, gueule et se dérobe.

En l’espace de quelques minutes, la cité se scinde en trois parties irréconciliables, séparées par des gouffres hurlants qui dévorent tout ce qui se trouve à leur portée : passants, bâtiments, véhicules, mobilier urbain. La sirène, les cris, les bruits d’éboulement et de bris de verre se mêlent à la rumeur venue du plus profond de la terre. Depuis des mois, elle n’entendait parler que de ça : du réchauffement climatique, du pergélisol, des glissements de terrain, des effondrements, de la nature qui se venge. Valentina Petrovna, fille de Magdalena et de Piotr Bolgarov n’a rien d’une sotte ou d’une indifférente. Elle se définirait plutôt comme une femme simple, droite, travailleuse, qui aime sa famille, sa ville et sa patrie. Or, dans le Grand Nord, contrée de résilience, d’obstination et de sacrifices, les femmes comme elle ne s’expriment pas à tort et à travers. Alors elle se taisait, laissant les grandes idées et les débats enflammés à ceux qui savent. Bien sûr, il y avait tous ces appartements mis en vente qui ne trouvaient pas preneur, les commerces qui baissaient leurs rideaux métalliques pour ne plus les rouvrir, les voisins qui faisaient leurs valises. D’abord les Belikov au 2° étage puis les Goremykin au 5°, ses voisins de palier dont elle ne se rappelle plus le nom et enfin le vieux Kirill. Certes. Et après ? Après, rien. Rien jusqu’au retentissement de cette sirène venue du port ce samedi matin, hurlement sans pitié qui paralyse les rues et les salons. Valentina manquant de renverser la tasse de café qu’elle portait à ses lèvres et son mari Yevgeny cloué à son canapé le temps de réaliser que l’épée de Damoclès venait s’abattre sur leurs cous dénudés. Ils enfilent leurs affaires en toute hâte, attrapent les sacs de survie empaquetés depuis deux semaines et descendent les escaliers de l’immeuble de la rue Aleksandra Nevskogo dans lequel ils ont passé toute leur vie de couple. « – Il faut croire qu’ils avaient raison », susurre Valentina pendant qu’ils rejoignent la foule compacte qui, suivant les consignes assénées par les autorités, chemine vers la station de ski. A l’exception des disparus, des blessés et des proches lancés à leur secours, tous les habitants se massent dans une coulée de pas et d’affliction. Un seul et même corps glisse dans la neige et l’obscurité en direction du Sud pendant que les forces de l’ordre et les militaires se démultiplient pour ordonner la procession et éviter tout débordement. Valentina tient le bras de son mari qui s’enfile, tout naturellement, sa première gorgée de vodka de la journée quand la nuit polaire s’illumine d’une noria d’hélicoptères venant au chevet de Mourmansk.

La nuit polaire… Seuls celles et ceux qui l’ont vécue peuvent en rapporter la cruauté. La nuit. Polaire. Le retrait du ciel pendant quarante jours, l’extinction de la lumière, des nuages, des oiseaux, des éclaircies et donc du temps qui passe. La nuit. Polaire. La fatigue, l’enfermement, les pastilles de foie de morue ingurgitées chaque matin par les écoliers pour obtenir leur ration indispensable de vitamines A et B, l’alcool pour les parents et les charognes de la dépression qui tournent au-dessus de leurs proies. La plus grande ville au-delà du cercle polaire arctique, une cité aussi peuplée que Nice, Cardiff, Alicante ou l’Islande réduite au noir complet, au silence et au froid pendant plus d’un mois.

Fille d’un officier de la marine venu s’établir sur cette terre inhospitalière et brutale, Valentina Petrovna n’a jamais connu que Mourmansk, son port, ses grues, son chemin de fer qui vous conduit vers plus de douceur et ses blocs de béton en gage d’immeubles. Employée dans le supermarché Evroros du coin, Valentina a cinquante-cinq ans et le poids des ans qui va avec. De sa resplendissante chevelure blonde qu’elle adorait caresser devant la glace, il ne reste qu’un chignon remonté sans considération. Son sourire gâté par le coût d’une consultation dentaire, son visage durci, figé dans l’austère. Les sourcils accusateurs, le teint pâle et le corps sanglé dans des vêtements d’entrée de gamme, il ne reste que des bribes de sa beauté passée, quand elle était l’une des plus jolies lycéennes de Mourmansk et raflait le titre de Miss quartier. Valentina Petrovna ne saurait dire à quel moment elle a abdiqué, cessé de chercher à plaire, lâchant le fil qui la retenait à la frivolité et à la coquetterie pour se repaître de grisaille : travail, télévision, repas, église, ménage, visites chez sa sœur, couture quand il lui reste un moment. Le morose train-train des femmes russes de son âge et de sa classe sociale. Mais l’année précédente, l’écologie surgit dans leurs existences, Mourmansk risquait de disparaître, d’être rayée de la carte par la faute de l’homme, par leur faute. Il fallait absolument consommer moins ou mieux, changer son mode de vie pour éviter le pire. Tous, même elle, simple caissière de Mourmansk au  salaire rachitique !

Remettant correctement son bonnet de laine afin de se protéger des flocons qui tombent gros comme des maux, elle repense toutes ces années. L’uniforme clinquant de son père, sa mère qui repassait en se délectant des grands classiques de la musique soviétique, son mariage, sa blouse de caissière, l’activité ininterrompue du port, les décès, les parades grandioses, la répétition des nuits en hiver et des jours en été. Et puis maintenant ? Qu’allaient-ils devenir, où allaient-ils aller ? Certainement pas à Moscou dans cette capitale de fous et de prostituées où un simple loyer représente un an de salaire à l’usine. Elle baille longuement dans son écharpe, regarde sa montre et regrette de n’avoir bu son café du matin. Combien de temps vont-ils encore marcher ?

Dimanche 13 décembre. Trois cent cinquante morts, des milliers de blessés, des centaines de milliers de déplacés et une ville dévastée. Le bilan est terrible mais Mourmansk respire encore, une fois de plus elle a résisté. Yevgeny et Valentina font partie des irréductibles à y être restés, squattant les coursives du Tsentralnyi Profsoyuz Stadion, à l’abri des mètres de neige et du vent glacé. « – Il y a pire que d’être relogé dans le club de son cœur ! », a déclaré Yevgeny Yaroslavitsh Ivanov un rien bravache quand l’officiel leur a annoncé qu’ils séjourneraient provisoirement dans le stade du FC Sever Murmansk. De toute évidence, ils n’avaient guère le choix, aucune solution d’hébergement à l’extérieur de l’oblast[1] n’étant réellement envisageable. De famille, il n’y a que leurs enfants qui résident en dehors de Mourmansk et hors de question d’imposer leur présence à Svetlana qui vit dans un petit appartement de Saint-Pétersbourg. Et pour ce qui concerne Sergueï… De plus, les Ivanov n’ont d’économies que leurs dettes, la boisson, les imprévus et les factures qui s’accumulent ayant peu à peu grignoté le maigre capital qu’ils s’étaient constitués. Donc impossible de résider à l’hôtel.

Quoi qu’il en soit, les conditions ne sont pas si terribles et ils ne manquent de rien si ce n’est de leur bulle de tranquillité, de la simplicité d’être chez soi. Répartis dans les principaux lieux couverts de la région, les sinistrés ont bénéficié d’une aide immédiate et massive de l’Etat, des associations et de leurs concitoyens qui leur permet de tenir, et même un peu plus : matelas, tentes, vêtements d’hiver, couettes, livres, jeux pour les enfants, ballons de foot, puces, chargeurs et smartphones. Trois repas chauds sont distribués chaque jour à proximité des « zones de transit » alors que café et thé sont disponibles à toute heure du jour ou de la nuit. Pour ce qui est des bières Baltika et de la vodka, les hommes déploient des trésors d’imagination pour passer l’hiver au chaud, se relayant, troquant, s’endettant, sollicitant leurs proches ou travaillant au noir. Il rétorque à une Valentina accusatrice dès qu’il s’agit de se requinquer qu’il faut bien tenir dans ces conditions difficiles, la nature humaine est ainsi faite. Ils espèrent que Vladimir Vladimirovitsh tiendra parole et que l’Etat les relogera dans des habitats en dur de type container d’ici deux semaines dans l’attente que des immeubles, plus modernes et spacieux, soient érigés dans un an. Mais chaque jour suffit sa peine : ce matin, Yevgeny s’est promené dans la ville et l’après-midi s’est étirée lentement entre goulées de vodka et parties de cartes avec ses voisins d’infortune. « – Une journée bien sympathique ma foi », affirme-t-il à sa femme devant le revigorant bouillon de viande et de choux servi par des fonctionnaires venus de Saint-Pétersbourg.

Le soir, dans l’intimité de la tente, Valentina s’est épanchée longuement, ce qui n’était pas arrivé depuis bien des années. Etait-ce déjà arrivé d’ailleurs ? Peut-être l’après-coup pense Yevgeny. Elle lui a parlé de  Mourmansk, ville martyre éteinte par les bombardements nazis et reconstruite par orgueil et par nécessité. En net déclin depuis des décennies, la voilà presque anéantie par un ennemi insaisissable. « – Mais elle s’est toujours relevée plus forte ! » Elle lui a rappelé qu’elle fut une ville de pionniers édifiée durant la Première Guerre mondiale comme un défi à la raison pour exprimer la puissance de l’Empire. Devenue industrieuse et hautement stratégique avec les politiques volontaristes de développement du Grand Nord, sa marine et ses brise-glaces nucléaires faisaient la fierté de l’U.R.S.S. Tsars et communistes réunis autour du même idéal : établir une cité avant-gardiste aux confins du pays pour se lancer à la conquête d’espaces inexplorés et y façonner l’homme nouveau. C’est ce même mythe russe que Vladimir Vladimirovitsh cherchera à raviver au moment de rebâtir une ville dynamique et gorgée d’espoirs, incarnation de l’aube nouvelle qui se lève sur le pays. « – L’Arctique représente le futur de la planète et nous serons les prochains pionniers de l’histoire russe. Rappelle-toi le vieux dicton qu’on entendait enfant : plus loin que Mourmansk, c’est la lune ! »

L’horloge géante du stade indique 01h03 et -21°C quand Yevgeny sort prendre l’air, dépasse les rangées de tentes, descend avec précaution les travées qui mènent à la pelouse et s’assoit sur l’un des sièges bleus de l’allée centrale. Absorbé par le dôme illuminé de l’église qui surplombe les derniers gradins, il attrape sa flasque, la débouche et s’envoie une franche lampée de vodka. Ragaillardi, il expulse de plaisir l’air doucement fruité qui s’échappe de ses boyaux et regarde le nuage de givre fanfaronner dans la nuit avant de disparaître. L’homme nouveau, les bâtisseurs, la lune… La lune ? Putain mais elle déraille ! Il hoche la tête de dépit et retire le paquet de cigarettes de la poche intérieure de sa parka. Encore deux, parfait. Mourmansk ou ailleurs, pourvu qu’il lui reste une cigarette, un peu de vodka et que personne ne vienne lui dire quoi faire. Quant au reste…

 

2

 

Saint-Pétersbourg le vendredi 18 décembre 2020. Un intérieur lesté d’icônes, de crucifix et de photos de famille qui se détachent du papier peint jauni, dernier rescapé de l’époque soviétique avec le canapé en tissu vert foncé. Sur la table du salon qui mange la moitié de la pièce, un plat de plof[2], des cornichons, de la charcuterie, des pommes de terre, du chou et du pain disposés généreusement. « – Vous n’alliez tout de même pas commencer le dîner sans faire la prière ? », questionne Sergueï qui a vu beau-frère actionner sa fourchette. Ce dernier, vêtu comme de coutume de son pull gris-vert, celui qui ne sort pas de la maison et dans lequel il se sent vraiment à l’aise, répond, confus, par la négative. Sergueï Yevgenyevich Ivanov puise au plus profond de lui pour remercier le créateur de leur offrir la chance d’être en vie et de partager ce repas ensemble. Les yeux fermés, il ne peut surprendre le regard ironique qu’échangent furtivement sa sœur et son beau-frère, lassés de ses excès de bigoterie. S’ils ont toujours été de bons chrétiens respectueux des valeurs de l’orthodoxie, le raidissement de Serjoja les agace franchement.

Déjà excessif, son engagement s’est mué en ivresse généralisée avec la succession de catastrophes environnementales, son raisonnement habituel complété de prophéties vengeresses, de conspirations à déjouer et de menaces apocalyptiques. La fin du monde approcherait, l’Homme ferait face au gouffre et viendrait le temps de la rédemption pour trouver sa place dans le royaume des cieux. Au lendemain de la tragédie de Mourmansk, il n’a rien trouvé de mieux à poster qu’un Tweet nauséabond sans la moindre considération pour ses parents et les victimes qu’il a pu connaître : « Les catas naturelles st le signe du recul des repères chrétiens sous les coups 2 boutoir 2 la finance mondialisée, 2 la décadence, du fric et 2 la fornication. Elles laveront la Russie de ses pêchés ! » Renforcés dans leurs convictions par le déchaînement des éléments, les défenseurs de la Sainte Russie ont été rejoints dans leur croisade par des wagons entiers de nouveaux convertis. Aux quatre coins de la Fédération, des rixes de plus en plus brutales les opposent aux démocrates, libéraux, artistes et citoyens qui refusent de céder à leurs injonctions. Mais c’est principalement à Saint-Pétersbourg, la « capitale sortie du néant » par l’audace d’un tsar, la Venise de la Baltique, la ville des arts, des révolutions et des sciences, que s’agglutinent ces déplaisants messagers de la fin des temps. Contrairement à Svetlana, mère comblée de deux enfants, Sergueï  est célibataire. « Endurci » complèterait Svetlana qui se confie fréquemment à ses amies sur le souci que lui cause son aîné de trente-trois ans. « –  Quelle fille serait attirée par un garçon qui consacre tout son temps libre au seigneur et ne s’intéresse à rien d’autre ? » En plus de ses travers et de son intransigeance, son fils n’a rien d’une jeune premier. Grand, Sergueï  mesure plus d’un mètre quatre-vingt-dix d’os et de nerfs dissimulés sous des pulls informes et des écharpes maussades. Le visage rongé par les nuits blanches, les jeûnes et le don de soi, il cache sa calvitie sous des bonnets l’hiver et des casquettes l’été. Signe de piété aussi bien que de reconnaissance entre Chrétiens fondamentalistes, sa barbe fournie grignote jusqu’à ses pommettes et cache et sa pomme d’Adam  proéminente. « – Ma pauvre, si seulement quelqu’un pouvait voir le bon qu’il y a en lui… » L’amour d’une mère est trompeur, celui d’une mère russe aveugle. Aucune femme ne ferait abstraction de son apparence ingrate et de ses foucades au prétexte qu’il fut un enfant doux et prévenant qui s’enfermait dans sa chambre pour dévorer des romans à l’eau de rose ou que sa courtoisie le précède dans tout le voisinage. Aucune femme sinon une « allumée comme lui » selon Yevgeny, lequel supporte de moins en moins son sectarisme qui lui sert surtout de refuge contre le dédain des filles et les moqueries de ses collègues.

Le repas expédié, il s’enveloppe d’habits chauds, se munit de sa croix à huit branches qui repoussera le mal, remercie Svetlana et son mari encore attablés et sort narguer le froid lancinant de la nuit saint-pétersbourgeoise. Malgré sa fatigue et l’heure tardive, malgré son réveil qui sonnera demain à 6h30. Dieu qu’il n’aime pas la nuit, son froid qui vous redresse, les heures qui n’en sont plus et la vertu qui s’efface. Ce qu’il redoute le plus dans la nuit c’est l’alcool et ses avatars. Quand la langue s’alourdit et que les mots deviennent bêtes, que les corps se chauffent et s’échauffent, que les valeurs se cèdent contre une poignée d’illusions ou un bouquet de roubles. Où sont donc les filles, les sœurs, les épouses et les mères parmi ces femmes avides d’elles-mêmes qui déambulent hautaines et provocatrices dans les rues et s’engouffrent dans des établissements qui les rabaissent au rang d’objets ?

Ils sont six ce soir à arpenter la rue Dumskaya, jungle hérissée d’éclairages malfaisants, de maisons de vice et de temples de la consommation, pour tenter d’inciter les pêcheurs à quitter leurs vêtements de compromission. Macha, une mère de famille habituée des opérations coup de poing met la machine en route : « Notre terre a été touchée, frappée par la vengeance divine. Aujourd’hui, Mourmansk et Norilsk, demain si rien ne change Piter[3] puis Moscou la corrompue. Mais il est encore temps de vous racheter et d’éviter le pire ! » Une jeune femme à l’allure stricte, engagée depuis peu dans leur mouvement mais néanmoins très active, embraye et averti les fêtards de l’imminence de l’Apocalypse. Ils doivent accepter la vérité divine et se terrer dans les prières et le recueillement sous peine d’être condamnés au feu de l’enfer. A cette heure et en ce lieu, l’accueil est profondément hostile quand il n’est pas méprisant. C’est le risque, mais il en vaut mille fois la peine car c’est ici que se concentrent les âmes à sauver. Le mois dernier, Sergueï n’a-t-il pas ramené vers le seigneur un gosse paumé venu d’une banlieue populaire qui s’enivrait, seul, de mauvaise vodka et de remords sur un pont ? Grisé, Igor avait besoin d’écoute, de respect et de vérité. Sergueï  a usé de mots concis, honnêtes, lui a évoqué sa rencontre avec Jésus, juré sur ce qu’il avait de plus cher que les doutes se dissiperont et qu’une nouvelle famille lui ouvrira les bras. Le dimanche d’après comme tous ceux qui ont suivi, Igor garnissait les rangs de l’église de son quartier, fier et dégagé des démons qui le tenaillaient. Ce soir encore, si dieu lui en donne la force, Sergueï Yevgenyevich  arrachera une de ces brebis égarées à l’accolade malsaine de la nuit. Peut-être cette blonde au bandeau en laine et au maquillage voyant qui parade en riant fort aux bras de son amie. Ou cette dernière, une brune rasée sur un côté de la tête avec un piercing sur le nez et un bas en vinyle. Alors qu’elles poursuivent leur chemin, il les apostrophe et leur tend un prospectus.

« Mes amies, il n’est pas trop tard. Jésus vous attend et vous réconfortera de tout son amour. La semaine prochaine nous organisons… » Sergueï s’interrompt avec la brusque volte-face de la brune qui marche vers lui à grandes enjambées, laissant sa copine à ses ricanements. Il détaille son faciès délicat, sa bouche pleine et ses yeux maquillés au crayon qui lui donnent l’air d’une princesse orientale. Et ses jambes compressées dans ce pantalon qui en indique tous les contours et les charnelles imperfections… Arrivée à quelques centimètres de lui, elle l’interroge assez haut pour que ses camarades entendent : « – Ce genre d’amour mon petit blondinet ? » Ses lèvres n’ont pas eu le temps d’articuler une réponse que celles de la belle inconnue s’y amarrent violemment. Sa bouche au timide goût de vodka, sa langue plantureuse, sa poitrine tendue qu’il ressent en dépit des multiples épaisseurs qui les séparent. Et maintenant sa main qui agrippe sa nuque… Ça va trop vite, il ne peut réagir. Ses paupières sont fermées et il a cessé de lutter quand le piège se desserre et que sa Cléopâtre papillonne, aérienne et sensuelle, vers le bras de son amie. Hébété, le corps palpitant et les jambes molles, Sergueï Yevgenyevich Ivanov la regarde disparaître dans le flux des noctambules. Est-ce une illusion ou s’est-elle retournée pour lui faire un dernier clin d’œil ? Vite se ressaisir. Sergueï  constate qu’il est le centre de l’attention, des gens le filment depuis leur smartphone, un couple rigole de lui ostensiblement et beaucoup d’autres anonymes le dévisagent. Trois de ses compagnons ont assisté à la scène et le toisent, incrédules mais écœurés. Il ne sait s’il doit baisser la tête ou s’esclaffer, s’excuser ou remonter le courant pour la rattraper. Alors il range son crucifix dans son grand manteau, manque de se prendre les pieds dans un chat errant et marche en direction du métro sous les lueurs nocturnes inquisitrices de Saint-Pétersbourg.

 

3

 

Pyotr Nikolayevitsh Petrov vient de Yakoutie[4] dans le Nord-Est sibérien, une région reculée traversée par le fleuve Léna où la taïga, ses vastes étendues de bouleaux, de pins et de mélèzes prédominent. Contrée immense et désertée aux paysages monumentaux et au climat hostile, la Yakoutie est un concentré d’excès et de dépassement. Comme la majorité des habitants de la localité, Pyotr est un Yakoute, peuple sibérien mais turcophone qui vit de l’élevage de chevaux et de vaches malgré les amplitudes thermiques inouïes et l’environnement féroce dans lequel il se complait. Une énigme historique, un non-sens géographique. Sa petite taille et ses traits mongoloïdes banals sont relevés par le ton suave de sa voix et sa gestuelle calculée qui lui confèrent un charisme dont il sait jouer et abuser. Agé de vingt-sept ans, Pyotr est le dernier représentant d’une lignée de shaman qui remonterait à la conquête russe de la Sibérie. Mais il se présente aussi comme guérisseur, yogi et depuis peu naturopathe et physiothérapeute. Autant dire un  charlatan. Un escroc.

Jusqu’ici, il se cantonnait à plumer les rares baroudeurs post-hippies en quête d’exotisme polaire qui se hasardaient à Cizograd, village perdu et sans intérêt situé plus au Sud de Iakoutsk, la capitale régionale souvent présentée comme la ville la plus froide du monde. Un gagne-petit qui vivotait grâce à la crédulité, la bêtise ou la générosité de l’espèce humaine sans se départir de son ambition démesurée. Il enrageait d’être bloqué dans ce bled qu’il ne quittait que pour démarcher lamentablement dans des foires à touristes, d’attendre parfois des mois avant l’arrivée de nouveaux visiteurs et de travailler comme taxi le reste du temps. Il trépignait, désespérait que son heure vienne, en pourrissait de ressentiment et de rancunes à l’égard des autres, ces salauds, ces vendus, ces ingrats.

Mais ça, c’était avant les catastrophes naturelles et le concours bien involontaire d’un groupe de sept babas ukrainiens. Comme d’autres, ces derniers sillonnaient l’Extrême Orient à la poursuite de ces deux termes qui devaient leur faire oublier, juste ce qu’il faut, leurs vies de bourgeois tout en leur permettant d’affermir leur vision paternaliste des populations autochtones. Le 7 décembre, soit deux jours après le drame de Mourmansk, son neveu lui a transféré une vidéo avec comme commentaire : « Regarde à tout prix » et envoyé simultanément quatre messages du même ordre. Postées l’été dernier par le groupe d’Ukrainiens et ressuscitées des méandres de Youtube, les 3 minutes et 45 secondes de cette vidéo ont tout bouleversé. Mal cadré, on le voyait, un tambourin à la main, vêtu de sa tunique colorée de shaman dans sa yourte décorée d’ésotérisme. Il se balançait de gauche à droite, prédisant le soulèvement de la terre et l’effondrement de Mourmansk et Norilsk : « La terre s’ouvrira et avalera les hommes dans ces villes. En viendront d’autres. » Le plus drôle, c’est qu’il ne se rappelle même pas avoir proféré ces idioties, trop défoncé à la purple drank[5] qu’il affectionne pour ces cérémoniels et trop pressé de s’envoyer la blonde de la bande. Eva, il se rappelle de son prénom maintenant, une poupée slave comme il en raffole avec des joues rondes, les seins bombés et une natte affriolante. En quelques heures, la vidéo devint virale : 1 millions de vues en un jour, 130 en une semaine. « – C’est pas tous les jours qu’on gagne à la loterie ! », s’est-il esclaffé devant ces chiffres faramineux qui ne cessaient de grimper.

Logiquement, Pyotr voulait tout, tout de suite : la célébrité, la reconnaissance, les caméras et les filles. Timides ou aguicheuses, grandes ou petites, minces, rondes, grosses à condition qu’elles viennent de l’Ouest et que leurs yeux soient clairs. Et surtout du fric, du fric qui éblouit, qui salit, qui corrompt, du fric qui brûle les doigts et rend soudain beau, intelligent et désirable. Roubles, Yens, Euros ou Dollars mais du fric bordel ! Sa chance ne repassera pas une deuxième fois, il va l’agripper par les cheveux avant qu’elle ne s’envole. Alors, en une journée, il a élaboré avec ses proches le scénario qui les extirpera de la Yakoutie et de ses hivers longs comme des sentences pour les transporter vers un  là-bas plus doux et confortable. Novossibirsk, Krasnoïarsk, Moscou ou même Pékin ! C’en sera bientôt fini des maisons qui ne ressemblent qu’à de tristes boîtes d’allumettes agrippées par la glace, des repas à base de poulain ou de renne qui sonnent comme des punitions, des blocs de glace pour seule eau courante et des rues inanimées même en plein été.

Première étape : aucun contact avec l’extérieur pendant deux mois. Ses proches répondront pour lui aux journalistes et façonneront sa légende, celle d’un lignage de grands shamans, d’un enfant élevé au creux des traditions, des esprits de la forêt boréale et de cette nature brute. Deuxième étape : sortir de sa retraite et communiquer avec parcimonie pour susciter le désir. En dehors de son site internet et des réseaux sociaux, ne s’exprimer qu’à travers les médias les plus influents au niveau national et international. Refuser de se livrer à des prédictions, parler de soi le moins possible et cultiver le mystère sur sa personne. Vanter les mérites de la Sibérie, des peuples indigènes d’ici et d’ailleurs, de la taïga, de la culture shamanique ancestrale et de toutes les conneries que veulent entendre les citadins dont la vision du monde autochtone se résume en général à un syncrétisme de condescendance et d’admiration béate. Troisième étape : lancer un business sélectif pour touristes friqués prêts à dépenser des dizaines de milliers de roubles par semaine pour des stages aux noms ronflants : « Immersion parmi les shamans », « Communiquer avec les esprits », « Découverte de son animal fétiche » etc. Enfin, générer tout un écosystème basé sur le shamanisme : construction d’une dizaine de yourtes pour loger les stagiaires, offres de formules touristiques comprenant excursions en traîneaux à chiens l’hiver et baignades l’été, sensibilisation à l’artisanat local ou encore ateliers de cuisine sibérienne. N’importe quoi mais que ça rapporte, que les portes du succès s’ouvrent pour lui, son clan et tout Cizograd. Et le plan semblait marcher à merveille puisque début mars 2021, sa popularité avait enjambé les forêts, les fleuves et les océans, aboli les montagnes et renversé les frontières : des demandes affluaient de tout le pays mais aussi d’Europe, du Maroc ou encore d’Australie et les listes d’attentes s’accumulaient au point d’en devenir superflues. Même dans ses délires narcotiques les plus égocentriques, il n’osait rêver de groupes aussi nombreux, de stagiaires tant dévoués et ses réseaux sociaux à ce point saturés. Autant de déférence, de cadeaux, de pourboires et de femmes qui s’offrent à lui, Pyotr Nikolayevitsh Petrov.

Hélas, à la mi-avril la situation devint hors de contrôle. Le bon déroulement des stages menacé par tous les désespérés, désaxés et marginaux à la recherche de prêt-à-penser mystique qui déferlaient, chaque jour plus nombreux et enragés, sur Cizograd. Ils voulaient écouter, toucher, sentir, vénérer celui qui savait, celui qui saurait les protéger quand résonneront les cloches de l’Apocalypse. La Russie découvrait, éberluée, ces individus qui désertaient leur foyer, quittaient leur travail, vendaient leurs biens dans une crise d’espoir incontrôlé. Le 22 avril, Pyotr Petrov constata que les choses lui échappaient et qu’il devrait patienter pour tirer profit de sa prédiction bidon. A 10 heures du matin, il sortit de sa yourte à la recherche de bois pour alimenter le feu. Ankylosé par une nuit de débauche sexuelle et éthylique avec Irina, blonde incendiaire anciennement mannequin à Moscou, il découvrit trois caravanes et une yourte qui avaient éclos sans un bruit à moins d’une centaine de mètres. Rassemblant ses esprits pour leur expliquer avec calme le caractère privatif du terrain, un grand échalas aux cheveux filasses dégoulinant d’une chapka soviétique bondit de sa tente pour se jeter à ses pieds. « – S’il vous plaît, aidez-moi. Vous êtes le seul à pouvoir m’aider. Je souffre d’un glaucome, je vais perdre la vue, vous pouvez… », a-t-il articulé, postillonnant d’exaltation avant qu’une dizaine de ses semblables alertés par le bruit ne se précipitent à la rencontre du shaman dans l’attente qu’il impose ses mains sur leur détresse paranoïaque. Des zombies pathétiques aux yeux exorbités partageant la même aspiration vaine et animale de rédemption. Paniqué, Pyotr a repoussé comme il le pouvait l’ahuri qui s’accrochait à ses jambes, s’est claquemuré dans sa yourte et a passé un coup de téléphone à son frère. Il l’a supplié d’assurer un minimum de sécurité aux abords de sa tente afin qu’aucun de ces indésirables n’entre chez lui par effraction. La mort dans l’âme, il suspendait les stages jusqu’à nouvel ordre. Une fois le téléphone raccroché, il s’est défoncé de rage au purple drank, a joué du tambourin et de la guitare avant de s’affaler sur un traversin en soie. Libéré, il a survolé sa tente et tous les abrutis qui l’encerclaient pour se blottir dans les nuages ronds et colorés de sa transe. Enfin seul, enfin bien.

Pendant qu’il passait les jours suivants reclus dans sa psychose, pourchassé par les chants et les plaintes qui lui provenaient du dehors, des avions remplis jusqu’à la soute ne cessaient d’atterrir à Iakoutsk, la nouvelle Mecque du spiritisme en toc. La région toute entière débordait à présent de visiteurs d’un genre nouveau qui logeaient chez l’habitant ou à l’hôtel et, plus inquiétant, de fanatiques ratissant les environs dans l’intention d’acheter une yourte et de s’établir au plus près de leur prophète. Malgré ses appels à la retenue et ses explications posées sur l’impossibilité de poursuivre les stages dans un tel contexte, la taïga se remplissait inexorablement de ces étranges colons. Le 15 mai, les autorités locales durent effectuer un audit de la présence étrangère aux alentours du « centre chamanique de Cizograd ». Six cents yourtes, caravanes et tentes s’étaient installées illégalement. Deux mille trois cents adultes et cent quarante enfants vivant dans une harmonieuse anarchie puisqu’aucun cas de violence, de vol ou de dégradation n’avait été signalé. Si l’évacuation semblait imminente compte tenu de l’arrivée de renforts policiers à Iakoutsk, il ne faisait pas de doute qu’elle s’effectuerait dans l’hystérie et la violence. De son côté, Pyotr oscillait entre la dépression, la haine et l’abattement. Presque un mois de claustration dans cette tente de quarante mètres carrés qui lui rappelait chaque heure l’absurdité du destin ou plus prosaïquement cette foutue malchance dont il ne savait se départir. Les rares fois qu’il tenta de sortir, des hordes d’esprits malades lui tombèrent dessus comme la misère sur le pauvre peuple. Jusque-là préservées par la foule, ses maîtresses commençaient à être mises sous pression : fait-il des rêves pendant son sommeil ? T’a-t-il confié des secrets ? Parle-t-il vraiment dix langues ? Quand va-t-il parler ? « – La seule solution est de partir et d’attendre que le camp soit évacué puis de tout sécuriser. Construire des barrières, payer des gardes armés et soudoyer les autorités pour qu’ils fassent des rondes et contiennent les dingues. Ça devient trop dangereux ici. », a-t-il confié à sa mère à bout de nerfs le 15 mai au soir. Aidé par ses proches, il partira le lendemain aux aurores pour Khonou, encore plus au Nord et encore plus à l’Est, bien après la sinistre P504 qu’on surnomme toujours « la route des os[6] », loin, au milieu du grand rien. Là-bas, il se protègera de ses zélateurs et attendra que les choses se tassent pour préparer son second retour et mettre en œuvre son grand projet.

16 mai 2021, 4h du matin. Ses sacs contenant un téléphone satellitaire, un smartphone avec une nouvelle puce, des changes, des espèces et de la nourriture l’attendent dans la voiture de Fedor. Pyotr Nikolayevitsh Petrov n’a plus qu’à se lever le plus discrètement possible pour ne pas réveiller la beauté moscovite endormie à côté de lui, se vêtir et attraper le vélo qu’il avait dissimulé au fond de la tente. Discrètement averti par un faux roucoulement d’oiseau qu’aucun « voisin » ne rôdait dans les parages, il enfourche son vélo et quitte ce campement grotesque. Pédalant à s’en donner des crampes dans l’obscurité fissurée par la lumière de sa lampe frontale, il file vers le premier point de rendez-vous à trois kilomètres de là. Pour la première fois depuis la parution de cette vidéo, le shaman bouffe à pleines dents sa liberté, l’avale avec passion et la laisse infuser goulûment. « – Wouhou ! Libre ! Hahaha. » Comme prévu, il aperçoit la vieille Suzuki blanche de son cousin Fedor au bord de la route asphaltée, tous feux éteints mais le moteur allumé. Il laisse tomber son vélo et se précipite dans la voiture : « – Salut cousin ! Emmène-moi loin de là. » « – Salut vieux. La route va être longue, essaye de te reposer. » Il demande au conducteur de brancher la radio, enlève son pull et se laisse aller. Au bout de quelques kilomètres de paysages d’une beauté répétitive, Pyotr est extrait de l’univers cotonneux des songes par un violent coup de frein. N’ayant le temps de réaliser ce qu’il se passe, trois costards sortent du 4×4 qui leur bloque la route et courent vers eux une arme à la main. Plus réactif, son cousin essaye de faire marche arrière mais réalise qu’un autre 4×4 stationne derrière eux. Sa portière s’ouvre, des bras d’une force inhumaine l’arrachent de son siège et lui tordent les poignets. La douleur le paralyse, il balbutie avec peine des suites de mots qui se noient avant même de former une phrase. Quelques secondes plus tard, ses ravisseurs l’immobilisent sur la banquette arrière de leur véhicule qui démarre tranquillement. « – FSB bouffon. Si tu n’y vois pas d’inconvénient, nos chefs ont des petites questions à te poser. » « – Le FSB ? Mais… de quoi vous parlez, je suis… » « – Maintenant tu la fermes sinon on te bâillonne et on te fout dans le coffre ! », réplique l’un des deux colosses qui l’entourent. Une cagoule opaque et puante est mise sur sa tête. Ses nerfs lâchent, il grelotte, renifle, pleure bruyamment  et souille son pantalon.

Pyotr a beau geindre et crever de trouille au fond de sa banquette, qu’il finisse dans une geôle secrète ou balancé aux requins, il ne sera jamais plus ce Yakoute promis aux glaces et à l’autarcie de Cizograd, muré dans la débrouille, la redevabilité, enjoint aux fins de mois précoces et aux filles que ça peut attirer. Son nom est Pyotr Nikolayevitsh Petrov, le seul shaman à la renommée planétaire, le trait d’union entre le ciel et la terre, celui qui fascine, qui électrise les foules et change les destins. Chassé de chez lui, privé de sa liberté, promis au pire mais victorieux. Un héros russe d’aujourd’hui.

 

4

 

A Birobidjan, plus au Sud de la Sibérie. Birobidjan, capitale endormie de l’oblast autonome juif du même nom. Vestige folklorique d’un mirage soviétique comme il y en eut tant, celui d’un territoire où les juifs seraient libres de parler leur langue et de vivre selon leurs coutumes. Près d’un siècle après sa création, le Birobidjan était une région isolée, pauvre et délaissée que l’on évoque avec le sourire et que l’on quitte sans regret, un territoire cloîtré dans la marge et l’indifférence. Jusqu’au samedi 24 juillet 2021.

Boris Edelstein assistait à l’office de shabbat dans la synagogue de Birobidjan, un bâtiment moderne posé à quelques encablures de la gare, étape du mythique transsibérien. Tiré à quatre épingles, les cheveux blancs neige, des sourcils broussailleux dépassant d’épaisses lunettes, Boris est une figure incontournable de la communauté. Pas particulièrement observant, loin de là, mais s’il n’assistait plus à l’office, personne dans cette province juive à l’intérieur de laquelle moins d’un pourcent de la population se réclame de cette religion ne s’assoirait à cette même place. D’autre part, veuf depuis trop longtemps pour pouvoir compter les années et loin de ses filles parties s’installer en Israël, il vient surtout chercher un peu de chaleur dans ces chants qui lui furent interdits, dans cette langue qu’il chérit à défaut de comprendre et dans cette communauté minuscule mais ô combien soudée. Sa dernière famille. Ce matin, onze autres hommes en âge d’avoir connu l’athéisme forcé de la période soviétique puis l’exode de la majeure partie de la communauté vers Israël dans les années 90 retardaient la disparition programmée du judaïsme au Birobidjan. Un quarteron de vieux fous face au rouleau compresseur de l’Histoire. Noble et dérisoire.

L’horloge indiquait 11h45 quand le rabbin, un jeune moscovite issu de la branche orthodoxe aux yeux cerclés de noir et au ton professoral, fut interrompu par un grondement intense et lourd sortant de terre. Les regards épouvantés se sont croisés, les murs de la synagogue ont frissonné, faisant tomber des livres et chanceler les armoires. Mourmansk, Norilsk puis maintenant Birobidjan. Sortant de l’édifice à vive allure comme il est convenu en pareil cas, les treize hommes se sont regroupés à l’extérieur, en kippa et châle de prière. D’instinct, le rabbin a entonné le Chéma, prière en forme de serment d’allégeance au dieu unique que les juifs apprennent avant toute autre et qu’ils prononcent au moment de rendre l’âme. Les croyants l’ont suivi sans ciller, comme s’ils pouvaient sauver leur ville par l’intensité de leur supplique. A l’intérieur du cercle de bras enlacés qu’ils formaient, Boris a imploré du plus profond de sa foi erratique la protection et la clémence de l’éternel, il a loué sa grandeur et sa bonté, chanté d’amour plus que de peur, chanté à en oublier le craquement sous ses pieds et le vacarme monstrueux des immeubles qui s’effondrent. Enfermé dans cette étreinte de ferveur, le vieux Boris ne craignait rien car il avait maintenant l’inexplicable certitude que Rivke l’attendait quelque part. Là où il la retrouvera, elle portera les mêmes habits et lui sourira de la même fraîcheur que sur la photo prise le jour de leurs fiançailles qu’il conserve précieusement dans son portefeuille. C’était le 14 septembre 1965, du temps où les citoyens étaient des travailleurs, leur pays le plus bel endroit sur terre et les lendemains radieux. Leur prière achevée dans un fracas d’exaltation, les paupières se sont rouvertes et le rabbin, constatant le ralentissement des secousses, osa une œillade alentour. « – Un miracle… un miracle divin ! » Une faille large de deux mètres serpentait au loin, avalant tout sur son passage puis s’arrêtait à quelques centimètres de l’entrée de la synagogue.

Les jours qui suivirent l’événement, Birobidjan apparaissait pour la première fois sur la carte du monde, captant les lumières et attirant journalistes, curieux, touristes épris d’ésotérisme et pèlerins juifs d’un yiddishland[7] imaginaire. Et puisque l’imprévisible fait loi dans cette Russie chamboulée, quatre cents adeptes du shaman Pyotr ont précipitamment quitté la Yakoutie pour dévaler la route menant à Birobidjan. Depuis la disparition du guide, la torpeur s’était infiltrée parmi ses adorateurs, privés de leur oxygène et de leur boussole. Une secte sans gourou qu’il fallait fuir. Alors le « miracle de Birobidjan » servit de déclencheur à une partie d’entre eux, lesquels firent de cette petite ville au bord du fleuve Amour leur nouvel eldorado. « – Seulement trois morts malgré la puissance du séisme et les nombreux dégâts, la synagogue préservée à quelques centimètres près. Les sismologues ont affirmé que c’était miraculeux et qu’aucune réplique n’était attendue. Mais rendez-vous compte ! », déclarait au volant de sa caravane un gaillard barbu habillé tel Gandhi à une chaîne d’info en continue. La transhumance des « dingos du ciel » par convois entiers de caravanes et de véhicules tirant des yourtes fut particulièrement suivie par les Russes qui voyaient là l’exutoire idéal à leur détresse. Pour ne pas reproduire les erreurs de leurs collègues de Yakoutie et se retrouver débordés par ces arrivants inattendus, les autorités locales ont pris les devants. Le parc naturel établi à 10 kilomètres au Nord de la ville sert dorénavant d’immense campement où de nombreuses installations seront construites pour faciliter leur séjour. De manière à éviter tout incident sur la route, des navettes quotidiennes et gratuites relieront le campement au centre-ville.

Le 27 juillet, lors d’un entretien sur la Rossiya 1, le gouverneur de l’oblast a invité « tous les individus de bonne volonté » à s’établir au Birobidjan afin de contribuer à sa reconstruction et à son développement futur. Désespéré de voir sa région péricliter, il affirme à qui veut l’entendre qu’il préfère un Birobidjan peuplé de fous et de mystiques pour attirer l’attention de Moscou et créer une dynamique qu’un Birobidjan qui se meure après avoir consommé ses dernières forces. Par conséquent, la région communique tous azimuts pour devenir une place forte du tourisme sibérien voire de l’ésotérisme mondial avec la refonte complète de leur site internet, traduit en cinq langues, l’embauche de trois responsables en communication digitale et la formation express d’employés municipaux pour assurer la fonction de gentils guides touristiques. Dans les semaines qui viennent, ceux-ci pourront accueillir les visiteurs dans un office du tourisme de 220 mètres carrés à la pointe de la modernité. Vladimir Vladimirovitsh débloquera également des fonds considérables pour rénover la gare et édifier d’ici 2022 de prestigieux immeubles aux normes écologiques et antisismiques sur les ruines du séisme. Enfin, nouveau symbole de la ville et de la région : le parcours de la brèche qui se termine à 28 centimètres de la porte de la synagogue a été rebouché en vert foncé, la couleur de Birobidjan.

Au début circonspects, les taiseux habitants de Birobidjan ont vu avec joie leurs rues maussades s’habiller de couleurs et de loufoquerie, les touristes s’attarder et les commerces s’animer. Contrôlant déjà une part considérable de l’économie de la région, les Chinois inondent à présent le Birobidjan pour découvrir cette localité burlesque, se prendre en photo sur la « ligne verte » ou près de l’emblématique statue du rabbin soufflant dans une corne de brume, reconstruite à l’identique après sa destruction. A l’image de ses voisins et amis, Boris savoure les effets du « miracle» sur sa ville, sa vitalité naissante, son ouverture sur l’altérité, son attraction inédite. Et il se régale franchement des personnages farfelus qu’il découvre depuis deux semaines, comme ce grand échevelé dévalant la rue Chalom Aleikhem sur un monocycle en sifflant l’hymne à la joie ou cette jeune femme entièrement rasée jonglant à un passage piéton pour quelques roubles qu’il a aperçus lors de sa balade du dimanche. Il aurait tant aimé faire part à Rivke du choc qu’il eut samedi dernier lorsqu’il passa le seuil de la synagogue et vit une cinquantaine de fidèles, hommes et femmes confondus, attendre le début de l’office. Ça blaguait, ça discutait en russe, en hébreu, en anglais et en français aussi ! Des juifs du monde entier venus prier à Birobidjan, des gens obligés de se serrer, sa place occupée par un post-adolescent gominé portant des baskets argentées. Jamais la synagogue n’avait retentit d’une telle ardeur, mêlé tous ces accents, rit de tant de jeunesse.

Ce lundi après-midi, profitant du beau temps, il décide de s’assoir à quelque pas de la synagogue et de profiter du spectacle. Faisant mine de lire son journal, il se délecte de l’arrivée, parmi le flot incessant de touristes, d’une demi-douzaine d’originaux habillés de toges blanches qui, l’air grave, mesurent une quelconque force avec des pendules formés de pierres précieuses. Une demi-heure plus tard, un tuk-tuk bariolé et exotique occupé par trois jeunes et belles femmes fait une irruption remarquée sur la place. Descendant de leur engin brinquebalant, elles se mettent à danser et chanter autour de la brèche, invitant les passants à les suivre dans leur ronde insensée. Tiens, des Israéliennes. Se levant de son banc, Boris se risque à les aborder avec les quelques mots d’hébreu dont il se souvient, espérant les saluer avec courtoisie et ne pas leur demander l’heure ou leur souhaiter bonne nuit. Face à leur éclat de rire simultané, il rougit, se confond en excuses mais les trois extraterrestres ne se formalisent pas et essayent au contraire de communiquer avec lui. Avec son faible yiddish et à grand renfort de gesticulations, il leur raconte qu’il est juif lui aussi et qu’il était là lors du tremblement de terre. « – Amazing ! » Voilà que les trois hippies entraînent Boris dans une farandole foutraque au son de la Hava Naguila, qu’ils chantent tous les quatre à capella. Chéri du regard et couvé d’affection, il leur fait comprendre qu’il doit se reposer quelques instants sur le banc. Leur chorégraphie terminée, elles le kidnappent et lui imposent de leur faire découvrir la ville à bord de leur tuk-tuk. Ni une ni deux, il s’installe à la place du conducteur et met le contact après avoir vissé son béret sur sa tête.

C’est ainsi que par un bel après-midi d’été le vieux Boris Edelstein, ancien employé des réseaux ferrés, homme simple et sans histoire, a été vu au volant d’un pousse-pousse improbable guider trois charmantes jeunes femmes. Riant à gorge déployée, il zigzaguait, saluait ses connaissances, klaxonnait au vent et grillait les feux trop longtemps rouges sous les acclamations de ses nouvelles amies. Un gamin de soixante-dix-sept ans crachant à la gueule de la monotonie du quotidien et des aiguilles du temps, enfin affranchi des normes qui ont étriqué son existence. Ah si Rivke pouvait le voir…

 

 5

 

Quand Vladimir Vladimirovitsh révéla au monde un fade mercredi d’octobre la découverte d’une micro-puce implantable au niveau du poignet qui servira de vaccin pour de nombreuses maladies en même temps que de protection contre la pollution, les bactéries et virus, la fatigue ou encore les climats extrêmes, Sergueï préféra croire à un vulgaire canular. Puis ce nom : « L’homme du jour d’après »… Mais quand quelques semaines plus tard une délégation de scientifiques étrangers confirma les dires du président en évoquant « sans nul doute de la plus grande révolution scientifique du siècle », il dut se rendre à l’évidence. Le progrès avançait, envers et contre lui. Il se gaussait de ses valeurs, de sa famille, le reléguait en lisière du sens commun, là où se terrent les rebelles, les incompris, les trop lents, les hors la loi. Depuis lors, il enrage et éructe jusqu’à plus soif à la simple évocation de cette puce qui selon le président placera la Russie au cœur de l’échiquier politique mondial. S’interroge à voix haute sur la prochaine étape de ce plan satanique. La modification génétique dès l’embryon, l’éradication des plus faibles, des moins beaux ? L’implantation de puces plus puissantes qui permettront de réguler les émotions et pourquoi pas de contrôler les opinions ? Sergueï Yevgenyevich Ivanov fera tout son possible pour lutter contre ce fléau, il en a fait la promesse à ses parents qu’il sait immensément fiers de son combat.

Vendredi 12 novembre. Le minibus a roulé toute la nuit et entre dans Moscou, la « nouvelle capitale verte » désormais débarrassée des bouchons monstres qui la paralysaient. Sergueï, emmitouflé dans plusieurs couches de pulls, émerge péniblement et s’étire pour réveiller ses articulations qui accusent un fuseau horaire de décalage. Lui et onze cadres de l’association « Pour la sauvegarde des familles russes » effectuent le voyage depuis Saint-Pétersbourg afin d’assister à un séminaire où ils rencontreront de nombreuses autres organisations chrétiennes nationalistes venues de toute la Fédération pour échanger sur la riposte appropriée. Au lieu de le détourner du chemin voulu par l’éternel, l’incident de l’année dernière, comme il nomme pudiquement ce baiser volé, l’a réconforté dans ses positions, plus affutées, plus près de la vérité. Après quelques jours de flottement, il s’est livré devant ses frères de foi à une autocritique digne des plus grandes heures du stalinisme triomphant. Il reconnaissait sa lâcheté et espérait que le seigneur entende ses prières pour l’aider à supporter le poids de sa faute. Redoublant de dévouement et de prosélytisme, les responsables de l’organisation l’ont nommé coordinateur de son secteur, charge qu’il a accueillie comme un deuxième baptême. Sans cela, jamais il n’aurait fait ce déplacement tant il vomit Moscou, paradis des communistes devenu temple des oligarques et Babel naturaliste. Une fois la manifestation terminée, il déguerpira de cette cité du vice et de la paresse sans un regard pour la place rouge, le Bolchoï, les cathédrales, les palais, les musées et les cascades de verdure, toutes ces œuvres qu’il imaginerait grandioses si son horizon n’était obstrué par les coupoles des églises et les icônes réactionnaires.

A un jet de pierre du minibus, Pyotr Petrov, recouvert d’une chapka beige et d’un manteau en peau de mouton fourré sur lequel repose une imposante amulette en bois et en plumes, se promène encadré par Aliocha et Damian, les gardes du corps qui lui ont été assignés autant pour le protéger que pour le prévenir de toute incartade. Tous deux serrés dans de longs manteaux noirs, le premier est grand, blond, porte des lunettes de soleil malgré la grisaille. Le second, un Caucasien large d’épaules et de buste, vient compléter la caricature. Après des journées d’isolement et d’interrogatoires poussés dans une base secrète de Yakoutie, le FSB a conclu que le shaman n’était qu’un pitre mais qu’il devait être contenu et éloigné de ses apôtres autoproclamés. Il fut alors décidé de l’isoler dans la capitale et d’en faire un élément moteur de la campagne de « l’homme du jour d’après ». Comme tant d’autres célébrités, sportifs, vedettes de télé, hommes d’affaires ou descendants de la famille royale, Pyotr Petrov mit la main à la pâte nationale pour vanter les mérites de la micro-puce. Trop heureux de ne pas avoir fini enterré dans la taïga, le jeune sibérien a d’autant plus joué le jeu qu’il pouvait enfin humer l’odeur des billets neufs et palper la volupté des nuits blondes. Gracieusement récompensé de son zèle, il s’offre en cette matinée glacée une petite séance de lèche-vitrines, l’une de ses nouvelles passions moscovites. Léger, il funambule de Van Cleef en Patek Philippe, de Breitling en Rolex quand le hasard le place sur la route du minibus transportant Sergueï et ses camarades.

« – Regardez, le shaman, le minable pactisant avec les fornicateurs du Kremlin ! », tonne l’un des fondamentalistes orthodoxes depuis son fauteuil. Alors qu’ils se bousculent pour l’apercevoir de la fenêtre, se montant les uns sur les autres et s’excitant d’un bout de chapka, un vieux type aux cheveux longs collés par des théories voulant que le shampoing contienne des agents gouvernementaux intime au chauffeur de s’arrêter. Pyotr Petrov, tout à sa recherche métaphysique, ne voit pas le bus piler net et ouvrir ses portes pour déverser son flot d’hystérie. En quelques secondes, Aliocha et Damian flairant le danger, dégainent leurs pistolets semi-automatiques et mettent en joue la meute. « FSB ne bougez plus ». Recroquevillé derrière eux, le shaman attend que l’orage passe, rien à craindre avec ces types pour le protéger. Terrorisés, les bourgeois ventripotents qui plastronnaient dans cette rue paisible, prennent leurs jambes, leurs luxueuses emplettes, leurs escorts ou leurs épouses à leur cou et filent en sens inverse. « FSB ne bougez plus ». Sergueï et ses camarades, indifférents à la menace, ne sont plus qu’à cinq mètres de leur proie qu’ils vont mettre en pièces. Damian décide de tirer en l’air pour les dissuader de progresser, démarche vaine puisqu’ils continuent d’avancer, gonflés par le poids du groupe et leur folie furieuse. Le blond agrippe Pyotr par le bras pour le mettre à l’abri dans la boutique la plus proche pendant que son partenaire tente d’assurer leurs arrières. Tout en reculant, celui-ci vise la première cible au niveau de la poitrine, se prépare à enclencher la gâchette quand un crucifix à huit branches heurte son arme. Une grosse blonde entre deux âges à la force herculéenne bientôt aidée par deux autres paires de bras se saisit de son poignet qui se lève et s’écarte de la masse bruyante. Dans la rixe, quatre coups de feu partent en direction de l’échafaudage soutenant l’immeuble d’à côté avant qu’une morsure à la main ne lui fasse lâcher prise. Au moment où la meute étouffe l’agent du FSB, un grincement assourdissant se fait entendre. Aliocha et Pyotr, à proximité de leur planche de survie, s’arrêtent comme figés par la curiosité. Les extrémistes relâchent le Caucasien et tous fixent, interdits, les colonnes de fer tanguer dangereusement, tomber à la renverse dans leur direction puis remplir tout leur champ de vision en une fraction de seconde. Dans un seul et même hurlement, ils ferment les yeux et, faute d’avoir le temps pour une dernière prière, mettent leurs bras en opposition de sorte à atténuer l’impact. La chute de la montagne d’acier fait trembler le sol et soulever une poussière qu’on pensait inexistante.

Le ciel se dissipe et tous se dévisagent en silence, paniqués à l’idée qu’un des leurs manque à l’appel. Chose incroyable, l’échafaudage ne s’est effondré qu’à quelques centimètres de la cohue, trente tout au plus. Il s’en est fallu de peu pour que Damian ne compte sur une généreuse pension du FSB et que les amis de Sergueï Yevgenyevich Ivanov ne pleurent un martyr. « Miracle ! », crie la grosse femme qui s’en est prise la première à l’agent russe. « – C’est le shaman ! », répond un homme maigrelet au physique de rat de bureau le doigt pointé sur le manteau en fourrure. Le shaman, un envoyé du ciel, l’élu qu’ils attendaient tous. « – Pour l’amour de dieu ramenons ce saint du bon côté. Le seigneur l’attend et le malheureux ne le sait sans doute pas ! » Action-réaction, Aliocha entraîne Pyotr vers le magasin Cerutti à l’intérieur duquel il pensait trouver refuge. Fermé. « – Ouvrez, FSB ». Il tape de la crosse de son revolver sur la porte en hurlant les trois lettres qui en temps normal les ouvrent toutes. Peine perdue, les employés et les clients se cachent probablement dans la réserve en attendant la police. Il constate qu’entre-temps les enseignes de la rue ont également fermé leurs écoutilles pour éviter le désagrément d’une balle perdue ou d’une prise d’otages. Alors Aliocha considère Pyotr d’un regard démuni qui veut dire « courir ». Le Yakoute tergiverse, bégaye et laisse l’avance dont ils disposaient sur leurs poursuivants se réduire. « – Mais cours bordel de merde ! », lui enjoint le garde du corps.

Face à l’avancée de la déferlante qui cherche à le lyncher de bénédictions, Pyotr sort de sa torpeur et se sauve à grandes enjambées dans l’avenue subitement déserte où ne résistent que luxure et vacuité. Sur ses talons Aliocha fulmine pour qu’il aille plus vite, suivi par la douzaine d’illuminés armés de crucifix vociférant de plus belle et enfin par Damian, claudiquant, la tête ensanglantée. Foutu destin.

 

 

 

 

[1] Unité administrative de type région, la Fédération de Russie en compte 46.

[2] Plat à base de riz sauté, de pois chiche, de carotte, d’ail, de viande et d’épices originaire d’Ouzbékistan mais particulièrement populaire en Russie.

[3] Surnom donné aux Saint-Pétersbourgeois à leur ville

[4] Ou République de Sakha

[5] Drogue issue légalement et pour une somme modique d’un mélange de sirop pour la toux à la codéine et de limonade popularisée par les rappeurs américains dans les années 2000.

[6] La « Kolyma » ou « route des os » est une autoroute reliant Iakoutsk à Magadan construite durant l’ère stalinienne par les prisonniers des goulags de la région. Son appellation sordide provient du grand nombre de cadavres qui furent directement enterrés sous le revêtement de la route durant sa construction.

[7] Le yiddish, langue des juifs d’Europe était l’idiome officiel du Birobidjan à sa création

 

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